Nettoyer un Napoléon d’or sans risquer de l’abîmer

Un billet de cent dollars d’aujourd’hui ne rivalise pas tout à fait avec une pièce de vingt francs en or frappée sous Napoléon III. Voilà pourtant ce que représentait, au XIXe siècle, ce fameux « Napoléon » de 1864 que Milan T. tient entre ses mains. Il y a bien plus à lire sur cette pièce que les mots « empereur Napoléon III » et « Empire Français » gravés sur l’avers, ou le discret « Barre » qui signe le travail du graveur.

Les 20 francs or français de l’époque Napoléon III, frappés sur des flans à 900 millièmes d’or, servaient à bien plus qu’à régler l’addition d’un dîner. Certes, elles circulaient, mais leur principale vocation tenait à leur usage dans le commerce international et à leur rôle comme réserve bancaire. Ces pièces, robustes, franchissaient les frontières, servaient de garantie pour des lettres de crédit et se glissaient même en gage derrière des billets de banque. Quant au nom « Barre » visible en minuscules lettres, il s’agit simplement de celui du maître graveur, Jean-Jacques Barre, dont le savoir-faire orne la monnaie française de cette époque.

Le 20 francs or n’est pas né sous Napoléon III : la dénomination existe depuis 1803, traversant les régimes jusqu’en 1914. Après la période Napoléon III, d’autres effigies viendront : l’« Ange » d’abord, puis le « Coq » qui s’imposera de 1899 à 1914. On en frappait alors à la pelle pour répondre à la demande du commerce et des règlements internationaux, une sorte de passeport doré pour l’économie française. La plupart de ces pièces, notamment les fameuses « Coqs », seront d’ailleurs refrappées plus tard, entre 1907 et 1914, pour alimenter la demande d’investissement.

Pour mesurer la valeur de ces pièces sur l’échiquier mondial, il suffit de comparer le 20 francs or français (soit 0,1867 once d’or pur) à la Liberty américaine de 5 $ (0,2419 once d’or pur). À l’époque, le 20 francs s’échangeait autour de 4 dollars US. Cette équivalence inspira même, à la fin des années 1870, le diplomate John A. Kasson à proposer la création d’une pièce d’or de quatre dollars destinée au commerce international sur le modèle français. Le Congrès américain refusa, mais quelques prototypes, surnommés « Stella » pour leur étoile en relief, existent encore, et font aujourd’hui le bonheur des collectionneurs avertis.

Au XIXe siècle, posséder une pièce d’or de la taille d’un nickel, que ce soit 20 francs ou 5 $ US, revenait à tenir un petit trésor. Le pouvoir d’achat de cette somme s’approchait de notre billet vert de cent dollars. Difficile pourtant de comparer strictement, tant les prix de certains produits étaient dérisoires : un pain aux États-Unis coûtait un centime, et les œufs, dans les campagnes, se négociaient à un demi-cent la pièce. L’or, lui, traversait les époques sans perdre de sa superbe.

La pièce de 1864 détenue par Milan T. n’est pas un cas rarissime, mais elle surpasse tout de même la simple valeur du métal qu’elle contient, à condition d’être en état impeccable. Quelques millésimes rares, bien sûr, se distinguent, mais la grande majorité des « Napoléons » se trouvent aisément chez les spécialistes en métaux précieux, toujours appréciés pour leur fonction historique de monnaie d’échange.

Pour estimer la valeur de votre 20 francs or aujourd’hui, il suffit de calculer le poids d’or pur contenu dans la pièce (0,1867 once) et de le multiplier par le cours actuel de l’or. Ce calcul donne une estimation solide de la valeur intrinsèque, à laquelle s’ajoute parfois une prime pour les exemplaires les mieux conservés ou les années les plus recherchées.

Face à un « Napoléon » d’époque, on tient un fragment d’histoire monétaire et, au fond, un témoin tangible de ce que valait l’or pour ceux qui bâtissaient le commerce mondial. Reste à savoir ce que nous réserve la prochaine génération de pièces, et si l’or conservera encore longtemps ce parfum d’éternité.